As-tu peur de te dire FÉMINISTE? Cet article te fera changer d'avis!

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Temps de lecture: 9 mns

Je suis féministe! I am feminist! Il se trouve qu'il y a beaucoup de remous autour du mot, d'un seul mot, simple, pourtant fort: féminisme. En Haïti, comme dans beaucoup de pays au monde, la plupart des gens, même ceux qui se disent instruits, universitaires, cadres ne comprennent ce qu'il veut dire et parmi ceux qui le comprennent, il y a une grande majorité qui lance des propagandes de dénigrement des différents acteurs de ce mouvement et de tout ce qui a été accompli en son nom.

"Une femme qui n'a pas peur des hommes leur fait peur, me disait un jeune homme."
Simone de Beauvoir

Tout d'abord, d'où vient ce mot?!

Vous pensez sûrement que ce sont les femmes qui l’ont inventé, ou donné naissance au mouvement. Et bien, vous allez être déçus. Au fait, le terme « féminisme » est souvent attribué au philosophe français Charles Fourier (1772-1837). En effet, l'histoire du féminisme commence dans la seconde partie du 19e siècle, lorsque le mot féminisme apparaît sous la plume d'Alexandre Dumas fils puis sous celle d'Hubertine Auclert, qui définit le mot dans un sens positif, comme étant la lutte pour améliorer la condition féminine. Par ailleurs, dès la fin du Moyen Âge, des auteurs critiquaient la place accordée aux femmes dans la société. Le discours féministe, à partir de ce moment, a mis plusieurs siècles pour s'élaborer et s'afficher comme un mouvement revendiquant, dans un premier temps, l'égalité civique et civile des femmes et des hommes puis une libération des femmes du "carcan patriarcal".

Son histoire est le plus souvent divisée en trois périodes pendant lesquelles certaines revendications sont plus mises en avant. Ainsi la première vague se réfère au 19e et au début du 20e siècle quand les principales revendications se rapportent au droit de vote, aux conditions de travail et au droit à l'éducation pour les femmes et les filles. La deuxième vague (1960-1980) dénonce l'inégalité des lois, mais aussi les inégalités culturelles et remet en question le rôle de la femme dans la société. Et la troisième (fin des années 1980-début des années 2000) est perçue à la fois comme une continuation de la seconde vague et une réponse à l'échec de celle-ci.

C'est quoi le féminisme? 

Le féminisme est un ensemble de mouvements et d'idées philosophiques qui partagent un but commun : définir, promouvoir et atteindre l'égalité politique, économique, culturelle, sociale et juridique entre les femmes et les hommes. Au milieu du XXème siècle, les femmes n’avaient pas le droit de vote, elles n’avaient pas le droit d’ouvrir un compte en banque sans l’autorisation de leur conjoint, elles n’avaient pas le droit de disposer librement de leur corps… (à noter que ces problèmes existent encore dans certains pays du monde). Si aujourd’hui, tous ces droits sont acquis, c’est grâce aux combats des mouvements féministes. Et pourtant, même si la plupart des femmes et des hommes adhèrent aux valeurs égalitaires des mouvements féministes, elles/ils refusent de s’identifier en tant que féministes.

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Les clichés autour du  mot

La première raison pour laquelle les femmes et les hommes ne s’identifient pas facilement aux féministes est que les stéréotypes envers les féministes sont assez négatifs. Sur certains forums, des femmes déclarent ne pas avoir besoin du féminisme parce que, par exemple, elles ne veulent pas défendre les droits des femmes au détriment de ceux des hommes etc.

En effet, les femmes féministes sont perçues comme des personnes extrémistes, qui détruisent le fondement de la société, qui soutiennent une société androgyne et qui veulent la suprématie des femmes et pas l’égalité. En réalité, la perception des féministes est plutôt ambivalente car elles sont également perçues comme indépendantes, responsables et intelligentes. 

La seconde raison serait la tendance à dichotomiser (diviser) : il n’existerait que deux catégories de personnes : les féministes et les non-féministes. Nous avons tous et toutes en tête l’image de « la féministe type » et nous trouvons des divergences entre elle et nous. Par exemple, « Je ne suis pas féministe car « la féministe » est opposée au mariage et moi, je voudrais me marier et avoir des enfants»; « Je ne suis pas féministe car « la féministe » est une femme et moi, je suis un homme »… Les exemples sont nombreux et ces divergences rendent difficiles l’identification en tant que féministe. 

Une troisième raison est la croyance que l’égalité est déjà atteinte et que le féminisme n’est donc pas nécessaire, les femmes qui se sentent discriminées doivent se battre de manière individuelle. Enfin, la dernière raison évoquée est la non-connaissance de ce qu’est le féminisme, ce qui rejoint en partie la seconde raison. 

Sachez le: "Adhérer aux valeurs féministes fait uniquement de vous quelqu’un qui pense qu’il faut se battre pour l’émancipation des femmes et l’extension de leurs droits en vue d’égaliser leur statut avec celui des hommes que ce soit dans les domaines juridiques, politiques ou économiques. N’hésitez donc pas à dire « Je suis féministe » que vous soyez un homme, une femme, que vous vouliez ou pas des enfants, quelles que soient vos préférences sexuelles, vos identités culturelles et vos autres particularités.

Car s’engager pour l’égalité des droits c’est également lutter contre les stéréotypes qui peuvent toucher tout.e un.e chacun.e. C’est aussi prendre conscience que la société exerce des pressions suscitant à la fois une domination des femmes et une domination des hommes. Prendre conscience de l’importance de se revendiquer féministe c’est militer pour s’affranchir de ses codes oppressants. 

Patric Jean: « se revendiquer féministe c’est aussi permettre un travail intrinsèque, s’améliorer soi-même pour améliorer le monde ». Par ailleurs pour moi, les féministes font un travail d’émancipation, d’empowerment». 

Le féminisme et le lesbianisme

Sur tous les forums, lorsqu’on écrit ou prononce le mot « féminisme » la plupart des gens ont tendance à commenter :  

-Toutes les féministes sont des lesbiennes! Ce mouvement ne cache que des lesbiennes, et si elles ne l’affirment pas, elles sont des refoulées... 

-Moi je dis que certaines ne le sont pas, mais du fait que les hommes les déçoivent tellement souvent elles sont allées chercher refuge chez les femmes. C'est normal il n'y a qu'une femme qui puisse comprendre une autre...

D’où vient cette tendance et pourquoi c’est le premier argument mis sur la table par les non-féministes ?  

   En France, lors de la première vague, le féminisme à cette époque a refoulé la question de l’homosexualité et si durant l’entre deux vagues, il n’existait pas à proprement parler de mouvement féministe et de mouvement politique homosexuel (les homosexuelles ne s'affirmaient que timidement), des homosexuelles se sont investies aux côtés des hétérosexuelles, dès la fin des années 1960 et le début des années 1970, dans le Mouvement de libération des femmes (MLF). Il s’agit d’un mouvement féministe autonome et non-mixte qui revendique la réappropriation et la libre disposition du corps des femmes. À Paris, certaines militantes homosexuelles ont choisi de s’investir non pas dans mais aux côtés du MLF, dans le mouvement mixte du Front homosexuel d’action révolutionnaire (FHAR), mais vite déçues la plupart d’entre elles reviennent ou rejoignent le mouvement féministe. 

"Toutefois, l’homosexualité n’est pas du tout une priorité politique pour le MLF". Au début des années 1970, il favorise les luttes en faveur de la contraception et de l’avortement libre et gratuit et, au fur et à mesure, les lesbiennes sont dans l’incapacité d’exprimer au sein du mouvement leurs vécus, leurs slogans et leurs analyses, car, la plupart des « féministes hétérosexuelles, accusées de l’extérieur d’être "toutes lesbiennes" et "mal baisées", craignent que le fait de mettre plus en avant les revendications homosexuelles ne « discrédite » le mouvement».

En résumé, les femmes ont décidé de passer outre leurs différences et divergences, et se sont unies pour lutter contre les injustices subies ainsi que pour leurs droits. Peut-on exclure les homosexuelles au sein d'un mouvement féministe alors qu'elles subissent elles aussi les pressions du patriarcat (le vrai et premier ennemi commun) avant de subir celles sur leur orientation sexuelle?! Et comme l’a écrit Françoise d’Eaubonne dès le premier bulletin du mouvement : « les femmes sont opprimées en tant que femmes avant de l’être en tant qu’homosexuelles ; les hommes ne sont réprimés qu’en tant qu’homosexuels, jamais en tant qu’hommes». Nous n'ignorons pas le fait que certaines lesbiennes se sont cachées et se cachent encore derrière le féminisme pour justifier leurs choix en terme d'orientation sexuelle. Un fait tout à fait compréhensible, vu que notre société les considère comme étant des déviantes que l'on devrait exclure.


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Le féminisme aujourd'hui

Certains affirment qu'aujourd’hui, nous avons obtenu l'égalité en droit et qualifient d'extrémistes les féministes actuel-le-s. Mais aujourd'hui encore, il existe de vraies inégalités entre femmes et hommes. Dans tous les pays, aujourd'hui encore, lorsque les femmes ont un emploi, la plupart sont sous payés, elles doivent faire le double du travail d'un homme pour ne gagner que la moitié de ce que ceux-ci gagnent. Lorsqu'une femme se fait violer, on lui demande encore ce qu'elle faisait là, ce qu'elle portait, une femme décède tous les 2 jours et demi sous les coups de son conjoint ou ex-conjoint, etc. Comment expliquer tant de ces différences qui persistent malgré l’égalité en droits qui n'est pas totalement acquise malgré tout?

Nous vivons dans un système qui fait d’une différence de sexe biologique, une différence qui serait fondamentale, qui “ordonnerait” nos sociétés. Il crée deux genres : le masculin et le féminin, qui se superposent aux deux sexes. A chaque genre est attribué des qualités et des compétences, des goûts et des aptitudes. Ainsi, les personnes nées avec un sexe féminin sont par exemple supposées être douces, aimer le rose, être peu intéressées par les choses de la cité, avoir un instinct maternel qui les renvoie vers leur rôle de procréatrices et aimer faire plaisir aux garçons. Les personnes nées avec un sexe masculin sont par exemple supposées aimer le bleu, le foot, être fortes, ambitieuses, avoir du leadership et de fortes pulsions sexuelles qu’elles doivent assouvir nécessairement. Genre masculin et féminin ne sont pas égaux, l’un domine l’autre. Chaque individu-e est éduqué-e depuis tout-e petit-e avec cette idée, l’intègre et la reproduit.

Ce système de domination s’appelle le “patriarcat”. Il est toujours là et sévit toujours. Il prend des formes diverses en fonction des cultures et des époques mais débouche toujours sur ce résultat : les hommes dominent les femmes dans tous les aspects de la société. 

Le but des féministes n’est pas de combattre les hommes, mais d’abroger le patriarcat.

Dans ce système, les violences contre les femmes (ex :crimes d’honneur, violences conjugales, viols “correctifs” de lesbiennes, harcèlement au travail…) sont souvent une manière de punir les femmes qui ne se conforment pas à l’ordre établi et de le maintenir en place. Ce système existe depuis tellement longtemps et dans de si nombreux pays qu’il peut paraître naturel, et donc, immuable (le cas d’Haïti) . Mais il s’agit d’une construction sociale et nombreux-euses sont les scientifiques qui aujourd’hui l’ont prouvé.Ce qui veut dire que les choses peuvent changer !

Nous les féministes, nous sommes appelés à nous battre pour dépasser ces genres, pour construire une société dans laquelle femmes et hommes pourront développer leurs qualités et leurs compétences sur des bases aussi équitables qu'égales. Nous nous battons pour que chaque individu-e puisses vivre son orientation sexuelle, nous nous battons pour que les femmes soient libérées des violences, sous toutes les formes que ces derniers puissent être attribués. Nous sommes universalistes, nous sommes abolitionnistes et progressistes.

C’est cela le féminisme : l’égalité entre femmes et hommes. Nous ne voulons pas vous dominer, nous voulons juste faire valoir nos droits trop longtemps bafoués par le patriarcat.

                                                                                                                                 Auteure: Ruth Dhva

Du même auteur: Du bon gros zen ou du cybersexisme ?

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