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Présomption d’innocence, sanctions internationales et exigence morale en politique haïtienne

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  Présomption d’innocence, sanctions internationales et exigence morale en politique haïtienne      Il y a près d’un mois, j’ai publié un article portant sur les sanctions internationales, dans lequel j’ai pris position de manière claire : un ancien élu ou un futur candidat faisant l’objet de sanctions internationales ne saurait, selon moi, être digne de diriger le pays ni de se présenter aux élections .      Cette semaine, une juriste a publié un article traitant de la présomption d’innocence, en mettant en lumière une approche tridimensionnelle de cette notion fondamentale. À la suite de cette publication, plusieurs lecteurs bienveillants m’ont interpellé à travers une question aussi légitime que délicate :  les anciens ou futurs élus sous le coup de sanctions internationales ne bénéficient-ils pas, eux aussi, de la présomption d’innocence ?      Cette interrogation épineuse mérite une analyse approfondie. Je tiens d’emblée ...

Les transitions politiques en Haïti : une succession d’occasions perdues

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  Les transitions politiques en Haïti : une succession d’occasions perdues Depuis plus de trente ans, chaque transition politique en Haïti est présentée comme une nécessité provisoire, une passerelle vers la stabilité. Pourtant, à l’heure du bilan, elles apparaissent surtout comme une succession d’occasions manquées. Non parce que le principe même de la transition serait erroné, mais parce que l’État haïtien a systématiquement refusé d’en faire un instrument de réforme constitutionnelle profonde. Dans le système politique actuel, un président élu, gouverne sous contrainte permanente. Il doit composer avec un Parlement fragmenté, négocier chaque décision majeure, et sacrifier la cohérence de l’action publique à des arrangements politiques de court terme. Cette dépendance institutionnelle constitue l’un des principaux facteurs d’instabilité de l’État. Une transition, affranchie de la pression parlementaire et du calendrier électoral, auraient pu servir à corriger cette anomalie s...

La présomption d’innocence en péril : entre justice populaire et dérives institutionnelles en Haïti

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  La présomption d’innocence en péril : entre justice populaire et dérives institutionnelles en Haïti En Haïti, la présomption d’innocence, principe fondamental du droit, est souvent reléguée au second plan, étouffée par une réalité sociale, où la peur, la frustration et le manque de confiance envers les institutions judiciaires dictent le rythme de la justice. Dans un pays où l’instabilité sécuritaire et la pression publique ne cessent de croître, ce principe sacré du droit est trop souvent balayé par les impératifs de communication des forces de l’ordre et par une opinion publique avide de coupables immédiats. Depuis plusieurs années, la police nationale d’Haïti multiplie les publications d’images de personnes arrêtées, dans un souci apparent de transparence et de reddition de comptes. Pourtant, dans bien des cas, les individus ainsi exposés n’ont pas encore été jugés, parfois même sans avoir été inculpés. Leurs visages circulent, leur nom est associé à des faits graves, et leur ...

Partir ou se taire : ma part de lâcheté

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  Partir ou se taire : ma part de lâcheté Je fais partie de cette génération qui a quitté le pays. Comme beaucoup de jeunes, j’ai choisi le départ plutôt que l’affrontement, la survie individuelle plutôt que le combat collectif. Et aujourd’hui, je dois le reconnaître : ce choix, aussi compréhensible, soit-il, porte en lui une part de lâcheté. Nous invoquons l’insécurité, l’absence d’avenir, l’effondrement de l’État. Tous ces arguments sont réels. Mais ils ne suffisent pas à nous absoudre totalement. Car pendant que nous partions, le pays était pillé, ses institutions vidées de leur sens, et sa jeunesse réduite à l’exil ou au silence. Et nous avons, par notre départ, laissé faire. Partir n’est pas un crime. Mais partir sans jamais regarder en face ce que l’on abandonne, sans jamais interroger notre responsabilité morale, en est un autre. En quittant le pays, nous avons aussi quitté l’arène. Nous avons cessé de déranger, de résister, de peser. Nous avons laissé le champ libre avec ce...

Haïti : quand la violence cesse d’être un choc pour devenir un système

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  Haïti : quand la violence cesse d’être un choc pour devenir un système En Haïti, la violence ne surprend plus. Elle ne provoque plus l’indignation collective qu’elle méritait autrefois. Elle s’est installée, progressivement, silencieusement, jusqu’à devenir un élément presque ordinaire du paysage national. Ce glissement est l’un des drames les plus profonds que traverse le pays : la violence n’est plus seulement subie, elle est intégrée. Chaque jour, enlèvements, affrontements armés, déplacements forcés et exécutions sommaires s’ajoutent à l’actualité comme de simples faits divers. Cette répétition a un effet corrosif : elle banalise l’inacceptable. Lorsque la peur devient routinière, la société entre dans une forme de résignation dangereuse, où survivre remplace l’idée même de vivre ensemble. Cette intégration de la violence est d’abord le symptôme d’un État en retrait. Là où l’autorité publique s’efface, d’autres forces s’imposent. Les groupes armés ne contrôlent pas seulement ...

Le rôle des sanctions internationales dans l’assainissement du processus électoral haïtien

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  Le rôle des sanctions internationales dans l’assainissement du processus électoral haïtien Les élections demeurent l’un des moyens les plus sûrs pour doter un pays de représentants légitimes, que ce soit pour un mandat exécutif ou pour un mandat législatif. En Haïti, depuis 2021, nous sommes plongés dans un profond marasme politique. L’assassinat du président de la République [1] a créé un vide institutionnel au niveau de l’exécutif, et après de longues négociations, la classe politique et la communauté internationale ont accepté le docteur Ariel Henry comme Premier ministre. Il avait pour mission essentielle, d’une part, de favoriser la tenue des élections afin de renouveler le personnel politique, et d’autre part, d’assurer un climat minimal de sécurité dans le pays. Cependant, Ariel Henry a connu un échec manifeste. Après plusieurs tâtonnements et l’absence de résultats concrets, un Conseil présidentiel de neuf membres a été mis en place, porteur des mêmes responsabilités d...