Démonstration de force ou baroud d'honneur d'une puissance en déclin ?
Démonstration de force ou baroud d'honneur d'une puissance en déclin ?
L’opération militaire
ayant conduit à la capture du président vénézuélien, Nicolás Maduro, a pris de
court la communauté internationale dans la nuit du 3 au 4 janvier 2026. Menée
par la Delta Force, en coordination avec les services de renseignement
américains et avec la complicité de certains éléments du contre-espionnage
vénézuélien, cette opération démontre, dans un premier temps, la capacité des
États-Unis à conduire des missions d’une extrême complexité.
Toutefois, elle révèle
également, une fois de plus, que l’impérialisme américain se soucie peu du
prétendu respect du droit international et de la Charte des Nations unies,
laquelle consacre pourtant des principes fondamentaux tels que l’inviolabilité
des frontières, le respect de la souveraineté des États et le non-recours à la
force. Cette opération peut être analysée à la lumière de la doctrine du
président américain James Monroe, énoncée devant le Congrès en 1823, ainsi que
du corollaire de Roosevelt, qui consacre le principe selon lequel « l’Amérique
appartient aux Américains ».
Le Venezuela, qui détient
les plus importantes réserves de pétrole au monde en termes de gisements, a
engagé, dès les années 1970, un processus de nationalisation des compagnies
pétrolières. Avec l’avènement du chavisme à la fin des années 1990, cette
orientation s’est renforcée : des compagnies américaines telles que Chevron et
ExxonMobil ont été progressivement écartées, tandis que les recettes
pétrolières ont été mobilisées pour financer des programmes sociaux comme construction
d’écoles, d’hôpitaux, d’universités et de logements sociaux destinés aux
populations les plus démunies. Cela s’est fait malgré les embargos et sanctions
imposés par les États-Unis, dans un contexte où le pétrole représentait près de
90 % des revenus budgétaires du Venezuela, et où les cours mondiaux du pétrole
étaient alors à la hausse.
Après la mort de Hugo
Chávez en 2013, Nicolás Maduro hérite d’une situation particulièrement
précaire, marquée par la chute des prix du pétrole sur le marché mondial, le
durcissement des sanctions économiques américaines, ainsi qu’une crise
économique et sanitaire profonde au Venezuela. Les États-Unis sont aujourd’hui
confrontés à une remise en cause multidimensionnelle de leur puissance, que ce
soit sur les plans économique, technologique, industriel ou géopolitique.
Cette réalité est
notamment analysée par l’anthropologue français Emmanuel Todd dans son ouvrage
Le Déclin de l’Occident, où il démontre que l’« Empire du Milieu » (la Chine)
et l’« Ours » (la Russie) forment désormais des pôles de puissance capables de
concurrencer, voire de dépasser, les États-Unis dans plusieurs domaines
stratégiques. Todd souligne en particulier que la Chine et la Russie forment
aujourd’hui davantage d’ingénieurs que les États-Unis, ce qui leur confère un
avantage structurel décisif dans les secteurs scientifique, industriel et
militaire. Il met également en évidence le quasi-monopole chinois sur les
terres et métaux rares, devenus indispensables à la fabrication des
technologies de pointe et des équipements militaires modernes.
Par ailleurs, selon cette analyse, les
systèmes d’armement russes se distinguent par leur efficacité, leur robustesse
et leur rapport coût-performance, remettant en cause la supériorité militaire
occidentale traditionnellement admise. À cela s’ajoute une présence croissante
de la Russie et de la Chine dans ce que Washington considère historiquement
comme son “backyard”, notamment en Amérique latine et dans les Caraïbes, une
situation perçue comme inacceptable par les États-Unis, au regard de leur
doctrine hégémonique régionale héritée de Monroe. Enfin, la vente du pétrole en
yuan chinois, en dehors du circuit du dollar, constitue un tournant majeur :
elle fragilise le pétrodollar, pilier central de la puissance financière
américaine depuis des décennies.
Cette évolution alimente
la crainte d’un affaiblissement progressif du dollar, qui demeure l’un des
derniers atouts stratégiques majeurs des États-Unis dans le système
international. La capture de Nicolás Maduro s’inscrit avant tout dans une démarche
des États-Unis visant à maintenir leur hégémonie en Amérique latine, au
détriment des influences chinoise et russe. Les déclarations du président
Donald Trump à la suite de l’opération viennent d’ailleurs confirmer cette
lecture stratégique.
Au-delà des considérations
moralisatrices présentant Maduro comme un dictateur , au point que Staline et
Hitler pourraient en “remuer dans leurs tombes”. Il apparaît surtout comme la victime d’un
affront politique majeur : celui d’avoir osé tenir tête à une puissance en
déclin, prête à tout pour tenter de réaffirmer sa domination. Cette
démonstration de force américaine intervient dans un contexte où son hégémonie
est désormais contrebalancée par deux pôles majeurs de premier ordre sur la
scène internationale : l’Empire du Milieu chinois et l’Ours russe, dont
l’ascension remet en cause le leadership unipolaire exercé par Washington
depuis la fin de la guerre froide.
Auteur : Wilfrid JOSEPH
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