Les transitions politiques en Haïti : une succession d’occasions perdues

 

Les transitions politiques en Haïti : une succession d’occasions perdues

Depuis plus de trente ans, chaque transition politique en Haïti est présentée comme une nécessité provisoire, une passerelle vers la stabilité. Pourtant, à l’heure du bilan, elles apparaissent surtout comme une succession d’occasions manquées. Non parce que le principe même de la transition serait erroné, mais parce que l’État haïtien a systématiquement refusé d’en faire un instrument de réforme constitutionnelle profonde. Dans le système politique actuel, un président élu, gouverne sous contrainte permanente. Il doit composer avec un Parlement fragmenté, négocier chaque décision majeure, et sacrifier la cohérence de l’action publique à des arrangements politiques de court terme.

Cette dépendance institutionnelle constitue l’un des principaux facteurs d’instabilité de l’État. Une transition, affranchie de la pression parlementaire et du calendrier électoral, auraient pu servir à corriger cette anomalie structurelle. La Constitution de 1987, conçue pour empêcher le retour de l’autoritarisme, a fini par produire l’effet inverse : une paralysie chronique du pouvoir exécutif et une dilution des responsabilités. L’ambiguïté dans la répartition des compétences entre le président, le Premier ministre et le Parlement fragilisent l’autorité de l’État. Une transition sérieuse aurait dû être le moment privilégié pour clarifier cette architecture institutionnelle et rétablir un exécutif capable d’agir.

Plus grave encore, le texte constitutionnel reste silencieux ou imprécis sur la gestion des crises nationales. En matière de sécurité, d’état d’urgence ou de menaces contre l’ordre public, l’État se retrouve sans outils juridiques efficaces. Les transitions auraient pu combler ce vide en instituant un cadre légal strict, encadré et temporaire, permettant à l’État d’exercer son autorité sans basculer dans l’arbitraire. Le Parlement, censé être un pilier de la démocratie, s’est progressivement transformé en foyer d’instabilité. Immunités excessives, absence de sanctions, instrumentalisation politique : autant de dérives qu’une transition aurait pu corriger en révisant le statut des élus et en imposant des règles éthiques contraignantes.

Le système électoral, autre talon d’Achille de la démocratie haïtienne, souffre d’un déficit criant de crédibilité. Fraudes répétées, contestations sans issue, absence de juridiction électorale indépendante : là encore, une transition aurait pu refonder le cadre électoral et restaurer la confiance populaire dans le vote.

La justice, enfin, demeure l’angle mort de l’État de droit. Malgré les garanties constitutionnelles, son indépendance reste largement fictive. Les transitions auraient pu être l’occasion d’un assainissement réel du pouvoir judiciaire, fondé sur la compétence, la transparence et la responsabilité. La décentralisation, pourtant consacrée par la Constitution, n’a jamais dépassé le stade des intentions. Une transition aurait pu rééquilibrer le pouvoir territorial, réduire la concentration excessive autour de Port-au-Prince et renforcer l’administration locale. En définitive, les transitions politiques n’ont pas échoué parce qu’elles étaient illégitimes, mais parce qu’elles ont été détournées de leur vocation. Au lieu de servir la refondation institutionnelle, elles ont servi le partage du pouvoir entre élites. Haïti n’a pas manqué d’opportunités. Elle a manqué de courage politique.

                                                                               Auteur : Wesley CARDICHON, l'immigré

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