Présomption d’innocence, sanctions internationales et exigence morale en politique haïtienne

 

Présomption d’innocence, sanctions internationales et exigence morale en politique haïtienne

    Il y a près d’un mois, j’ai publié un article portant sur les sanctions internationales, dans lequel j’ai pris position de manière claire : un ancien élu ou un futur candidat faisant l’objet de sanctions internationales ne saurait, selon moi, être digne de diriger le pays ni de se présenter aux élections.

    Cette semaine, une juriste a publié un article traitant de la présomption d’innocence, en mettant en lumière une approche tridimensionnelle de cette notion fondamentale. À la suite de cette publication, plusieurs lecteurs bienveillants m’ont interpellé à travers une question aussi légitime que délicate : les anciens ou futurs élus sous le coup de sanctions internationales ne bénéficient-ils pas, eux aussi, de la présomption d’innocence ?

    Cette interrogation épineuse mérite une analyse approfondie. Je tiens d’emblée à préciser que, suivant les pas de la juriste précitée, la présomption d’innocence demeure un principe cardinal du respect des droits humains. Un individu ne peut être juridiquement qualifié de nuisible à la société qu’à l’issue d’une condamnation pénale prononcée par un juge compétent, dans le strict respect des procédures établies.

    À ce titre, la présomption d’innocence constitue un acquis fondamental, consacré par les grands textes fondateurs des droits humains tels que la Magna Carta, l’Habeas Corpus ou encore le Bill of Rights. Elle doit être protégée avec rigueur, car elle garantit la dignité humaine et prévient l’arbitraire.

    Cependant, in petto, je considère que la posture doit être différente lorsqu’il s’agit d’un ancien ou d’un futur élu. Un candidat à une fonction publique ne peut être assimilé à un simple citoyen ordinaire. Qu’il s’agisse d’un mandat représentatif ou exécutif, il portera la responsabilité d’orienter la destinée collective et de contribuer à l’amélioration concrète des conditions de vie de la population.

    C’est ici qu’intervient un facteur déterminant : la moralité.
La moralité en politique n’est ni accessoire ni secondaire. Elle constitue un prisme essentiel pour apprécier un citoyen, un candidat, un dirigeant. Elle conditionne la confiance publique et la légitimité de l’action politique.

    Dès lors, comment concevoir qu’une personne à la moralité douteuse puisse prétendre diriger la Nation ? En Haïti, force est de constater que certains candidats ont développé la fâcheuse habitude de collaborer avec des gangs armés afin de conquérir ou de conserver le pouvoir. À titre d’exemple, le cas de Victor Prophane est souvent cité.

    Officieusement, il est de notoriété publique que, lors des élections, certains candidats délèguent des partisans dans les centres de vote non seulement pour perturber le bon déroulement du scrutin, mais aussi pour bourrer les urnes en leur faveur. Même après leur accession au pouvoir, ces pratiques continuent d’alimenter les murmures populaires.

    Le débat qui nous intéresse concerne donc les potentiels candidats soupçonnés de corruption, de blanchiment d’argent ou de collaboration active ou passive avec des gangs armés. Certes, ces individus n’ont pas encore été jugés par la justice haïtienne — et il est même possible qu’ils ne le soient jamais. Les sanctions ont, pour l’essentiel, été imposées par des pays amis d’Haïti.

    Dès lors, la question centrale demeure : peut-on se retrancher derrière la présomption d’innocence pour leur permettre de se présenter aux élections et de devenir des représentants de la Nation ?
Sommes-nous réellement prêts à accueillir, dans un processus électoral, des figures telles que Joseph Lambert, , le fondé pouvoir Benjamin , Youri Latortue ou Michel Joseph Martelly ? Certes, ils n’ont pas été condamnés par les juridictions haïtiennes. Mais au nom de la moralité, au nom du respect dû à l’État et à la fonction publique, sommes-nous disposés à les accepter au sein de l’administration haïtienne, malgré les graves soupçons et les discours persistants qui les entourent ?

    Le peuple haïtien n’est pas dupe. Certes, il est souvent manipulé, mais il sait, intuitivement, distinguer le « clean » du douteux. En 2011, il avait déclaré être prêt à « tenter sa chance avec un vagabond », faisant ainsi un choix en connaissance de cause. De même, lorsque certains pays ont envisagé de sanctionner Fritz Alphonse Jean pour des soupçons de collaboration avec des gangs, l’opinion publique s’est majoritairement rangée de son côté, estimant que, s’il pouvait être critiqué sur d’autres aspects, il n’avait jamais collaboré avec des groupes armés. Cet exemple illustre une réalité sociologique : le peuple peut ne pas disposer de preuves judiciaires, mais « li konn kiyès ki kiyès ». Dès lors, sommes-nous prêts à accepter Vertilaire Emmanuel comme prochain président, alors qu’il a été épinglé dans l’affaire de la BNC, accusé d’avoir influencé la révocation d’un consul pour des intérêts familiaux, ou encore d’avoir bénéficié d’avantages indus lors de voyages privés ?

    En définitive, la moralité en politique est une exigence incontournable. Un peuple est souvent jugé à l’aune de ses dirigeants, et des dirigeants corrompus ternissent durablement l’image d’un pays. Un véritable dirigeant doit être au-dessus de tout soupçon, faire preuve d’intégrité, d’honnêteté et de probité morale. Je ne plaide nullement pour la négation du droit, pour quiconque, de se porter candidat. Toutefois, j’encourage le peuple haïtien à écarter les dirigeants qui ont déjà échoué, ceux qui se sont enrichis sur son dos et qui ne jouissent pas d’une moralité reconnue au sein de la société. J’aurais pu appuyer cette position en rappelant que la justice haïtienne est lente et souvent inefficace, mais cela relève d’un constat que nous avons déjà, à maintes reprises, chanté ensemble. 

Eduardo MASSENA

Pou ou jwenn plizyè atik enteresan :

 

Commentaires

Les plus populaires

Tchala Examens officiels du Baccalauréat Unique 2024 (NS4)

Florvil Hyppolite

Tchala examens de 9e année 2023

Tiresias Simon Sam

Horaire des examens de la 9ème année fondamentale pour l’année 2024-2025

Examens officiels ( Philo, NS4) 2020, HaitiTchala votre seul soutien

Tchala Examens officiels du Baccalauréat Unique en Sciences Économiques et Sociales 2024 (NS4)