Quand l’agressivité est likée, le respect est-il encore une valeur ?

 

Quand l’agressivité est likée, le respect est-il encore une valeur ?

En Haïti, le respect entre les femmes et les hommes ne devrait être ni un slogan ni une option morale : il devrait être une base essentielle sur laquelle se construisent nos relations, nos familles et plus largement notre société. Les mouvements féministes rappellent, à juste titre, que les femmes doivent être traitées avec dignité, sans violence ni humiliation. Sur ce principe, il ne devrait y avoir aucune ambiguïté.

Pourtant, ce que l’on observe ces derniers temps sur les réseaux sociaux haïtiens est profondément préoccupant. Une vidéo récemment devenue virale montre un homme s’adressant de manière agressive et humiliante à une femme. Au lieu d’être largement condamnée, des milliers de réactions, de commentaires et de partages ont contribué à glorifier cette attitude. Plus troublant encore, de nombreuses femmes ont exprimé leur admiration pour cet homme, allant jusqu’à déclarer qu’elles aimeraient avoir un compagnon « comme lui ».

Dans le même temps, des hommes respectueux, attentifs et bienveillants sont souvent moqués ou perçus comme faibles. Il arrive même qu’ils soient tournés en dérision par certaines femmes. Comme si le respect était devenu synonyme de soumission et la brutalité une preuve de virilité.

Il ne s’agit pas ici de généraliser ni d’accuser les femmes ou les hommes haïtiens. Car, les réseaux sociaux fonctionnent comme des caisses de résonance, donnant une visibilité disproportionnée à des comportements extrêmes ne reflétant pas nécessairement la majorité. Toutefois, ce constat soulève une question centrale : quelles normes sociales sommes-nous en train de normaliser ?

En Haïti où la violence est omniprésente dans l’espace public, banaliser la violence verbale dans les relations hommes-femmes est une pente dangereuse. On connaît aujourd’hui le pouvoir des réseaux sociaux : leur capacité d’influence, notamment sur les jeunes dont les repères sont encore en construction, ainsi que leur portée massive. Ce qui est massivement liké, partagé et applaudi finit par être perçu comme acceptable voire désirable. À force d’être banalisée, la violence verbale peut être interprétée comme une forme normale d’expression, voire comme un signe de force, d’autorité ou de charisme.

Les réseaux sociaux ne créent pas ces comportements, mais ils les amplifient et leur offrent une légitimité inquiétante. Une attitude qui serait socialement sanctionnée dans la vie réelle peut, en ligne, être valorisée et imitée. Dans un contexte comme celui d’Haïti, déjà marqué par des violences multiples et une fragilité des repères collectifs, cette banalisation ne sera pas sans conséquences.

Face à cela, la responsabilité est collective :

·       celle des créateurs de contenus, dans ce qu’ils mettent en scène ;

·       celle des plateformes, dans ce qu’elles rendent visible ;

·       celle des internautes, dont les likes et partages sont aussi des messages ;

·       et celle des adultes, dans l’accompagnement des jeunes et le développement de l’esprit critique.

Valoriser le respect, le dialogue et la bienveillance n’est pas une faiblesse. C’est un acte de résistance face à la brutalisation des relations humaines. Refuser d’applaudir la violence, même verbale, c’est refuser une société où l’humiliation devient un divertissement et où la domination se confond avec la force.



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Mackly-Ford CENOR

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