Transition sous pression : quand l’ingérence remplace la souveraineté

Transition sous pression : quand l’ingérence remplace la souveraineté

     Depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse, Haïti vit dans une transition politique forcée, prolongée et profondément instable. Cette transition n’est pas le fruit d’un choix populaire, mais la conséquence d’un choc politique majeur, d’un crime d’État non élucidé et d’un effondrement institutionnel que la communauté internationale observe, commente, mais contribue aussi à prolonger.

 Dans ce contexte exceptionnel, la déclaration de l’Ambassade des États-Unis ne peut être interprétée comme un simple rappel à la stabilité. Elle s’inscrit dans une logique de contrôle politique. En affirmant que toute modification de la composition du gouvernement par le Conseil présidentiel de transition serait « nulle et non avenue », une puissance étrangère s’érige en autorité supérieure à des institutions haïtiennes déjà fragilisées. 

Haïti est en transition, oui. Mais une transition n’est pas une suspension de la souveraineté nationale. Ce n’est pas un vide juridique ouvert à l’ingérence. Ce n’est pas une période durant laquelle le droit du peuple haïtien à débattre, ajuster ou corriger ses mécanismes politiques peut être confisqué au nom de la peur. Depuis la mort violente de Jovenel Moïse, la priorité affichée a été la stabilité. Or, à force de privilégier une stabilité de façade, imposée et surveillée de l’extérieur, on a sacrifié la légitimité, la responsabilité politique et la confiance populaire. 

Le résultat est sous nos yeux : une transition sans horizon clair, une insécurité persistante, et un peuple tenu à distance de toute décision majeure. Assimiler toute initiative politique interne à une manœuvre favorable aux gangs est une falsification grave de la réalité. Les gangs prospèrent précisément dans les zones d’ombre créées par l’absence de souveraineté réelle et par la délégation constante des décisions clés à des acteurs étrangers. Menacer de sanctions ou de « mesures appropriées » ceux qui participent au débat politique national, dans un pays en transition depuis un assassinat présidentiel, relève de l’intimidation politique. Ce n’est ni de l’aide, ni du partenariat. C’est une pression directe exercée sur un peuple déjà en crise. 

Haïti n’est pas un protectorat. La transition ne peut pas devenir un état permanent sous supervision étrangère. La stabilité ne peut pas être le prétexte à la mise sous silence de la souveraineté. Le peuple haïtien n’a pas renoncé à son droit de décider, même dans le chaos. La rupture est nécessaire. Non contre la sécurité, mais contre l’ingérence. Non contre l’ordre, mais contre la confiscation de notre avenir. Haïti ne sortira pas de la crise en obéissant, mais en reprenant pleinement possession de sa trajectoire politique. 

Wansley CARDICHON, L’immigré.


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