De la célébrité numérique à la reconnaissance institutionnelle : quelles limites ?

 

De la célébrité numérique à la reconnaissance institutionnelle : quelles limites ?

    Durant ce mois d’avril, une effervescence particulière s’est fait sentir, tant au niveau étatique que sur les réseaux sociaux. Ariana a captivé l’attention du public en remportant le concours House of Challenge. Cet exploit, largement salué, lui a valu un soutien notable de l’État, suscitant ainsi une interrogation légitime : jusqu’où la popularité numérique peut-elle justifier une reconnaissance institutionnelle ?

    Chez nous, comme le dit le proverbe créole « Nap bat dlo pou nou fè bè », nous avons souvent tendance à innover, parfois au détriment de la cohérence et du sens symbolique des choses. Cette dynamique s’observe également dans l’appropriation de plateformes comme TikTok, devenues de puissants outils d’expression, de visibilité et de manipulation. Ariana s’y est imposée, rassemblant des millions d’abonnés et construisant une influence significative. S’interroger sur la qualité de son contenu ouvrirait une discussion à part entière. Toutefois, il convient de souligner qu’une étude qualitative sur ses abonnés serait légitime. Malgré tout, elle a accompli quelque chose d’exceptionnel : elle s’est rendue à l’étranger et a remporté ce concours dès sa première participation. Là encore, il serait judicieux de questionner la nature même du concours.

    Ainsi, sur le plan personnel, elle a réalisé un exploit remarquable et mérite nos applaudissements. En tant que citoyens, nous sommes libres de lui offrir des cadeaux, des encouragements et notre appréciation. Après tout, il s’agit de nos ressources. Dans cette même dynamique, la diaspora haïtienne ainsi que des acteurs privés en Haïti lui ont apporté leur soutien. Mais au niveau étatique, une question se pose : pourquoi l’État  s’investit autant jusqu’à récupérer cet événement ?

    Je ne prétends pas dicter les politiques publiques, cependant , je reste convaincu que l’action de l’État doit s’inscrire dans une logique de durabilité. En d’autres termes, il a le devoir d’investir dans des projets à long terme, bénéfiques pour le pays. L’État ne doit pas viser une satisfaction immédiate, mais un impact durable sur l’ensemble de la communauté. Il doit prioritairement investir dans l’éducation, les infrastructures et d’autres projets structurants. Certes, il peut également organiser des activités ponctuelles pour répondre aux attentes du public, même si celles-ci ont très peu d’impact direct sur les conditions de vie de la population.

    Dès lors, pourquoi l’État semble-t-il se mobiliser autant pour Ariana ? En la nommant ambassadrice du livre, j’ai l’impression que l’on revienne avec ces sempiternels débats consistant à exploiter une situation présente pour se faire remarquer, autrement dit une simple récupération politique. Certes, les critères d’attribution peuvent varier et relever de la volonté de l’État, mais plusieurs questions se posent : comment expliquer que cette ambassadrice du livre ne produise pas de contenu lié à la lecture ? Comment expliquer que d’autres jeunes, investis corps et âme dans la promotion des livres, n’aient même pas été considérés pour ce titre honorifique ? Comment justifier l’attribution de ce rôle à une personne dont les réalisations ne sont pas en lien avec le domaine ? Et pourquoi, à l’approche d’événements comme « Livres en folie » et d’autres activités littéraires, choisir une figure peu présente dans ces espaces ?

    Je ne critique en aucun cas Ariana. Comme le dit le proverbe créole, « se sòt ki bay, se enbesil ki pa pran ». Cependant, je pense que nous devons être plus exigeants envers l’État et questionner le bien-fondé de ses actions. Il est probable que les autorités justifient ce choix par la popularité d’Ariana et son nombre d’abonnés. Mais dans ce cas précis, une étude qualitative de son audience aurait dû être menée au préalable afin d’en comprendre la portée réelle et les attentes. L’État ne peut s’inscrire dans une logique d’euphorie ou de conclusions hâtives.

    Enfin, comment expliquera-t-on à un enfant, en 2030, que le ministère de la Communication a compté parmi ses réalisations l’attribution d’un tel titre à une personne sans lien direct avec le domaine concerné ? Comment continuer à persévérer dans ces pratiques conjoncturelles sans véritable vision globale ? In Petto, je crois que l’attribution de ce type de distinction devrait prendre en compte les contributions littéraires des figures emblématiques du milieu. Il s’agirait, à mon sens, d’une manière plus respectueuse et symbolique de saluer et d’honorer les figures majeures de notre patrimoine littéraire, telles que Dany Laferrière, Gary Victor, René Depestre, Virginie Sampeur, Yanick Lahens, Kettly Mars, Rony Gilot ou encore Bernard Diederich et tant d’autres plumes remarquables et impactantes.

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