HMUN 2025 – JEACHA : récit de mon expérience diplomatique de la préparation à La tribune.

 

HMUN 2025 – JEACHA : récit de mon expérience diplomatique de la préparation à La tribune.

En mai 2015[1], il a été convenu de créer une structure articulée autour des valeurs fondamentales telles que : la communication, l’engagement, le travail d’équipe et le service à la communauté. Elle se justifie par la possibilité pour des jeunes d’horizons divers de s’exprimer, de se prononcer sur les problèmes de la cité, mieux encore d’apporter une contribution significative aux choix concernant la vie en communauté. C’est dans ce cadre structurant, exigeant et profondément constructif que s’inscrit ma participation à la sixième (6e) simulation du Conseil de sécurité, où j’ai eu l’honneur de représenter la République Française. Suite à cette expérience, j’ai trouvé judicieux de faire ce papier pour vous parler de ma participation et vous présenter les travaux de notre délégation. Mais avant d’évoquer le contenu de cette prise de parole, il me semble important de revenir sur la démarche personnelle qui m’a conduit à franchir le pas.

Chaque année, je me fixe des objectifs que je tente d’atteindre. Cette année-là, ils se voulaient rationnels, presque pragmatiques. Mais derrière cette apparente maîtrise, il y avait un doute plus profond : je n’arrivais pas à trouver ma voie. J’avais besoin d’une victoire. Pas uniquement pour ma mère ou mon petit frère, mais aussi et surtout pour moi. J’avais besoin de m’accrocher à quelque chose de nouveau, de stimulant, de compétitif, quelque chose qui me prouvait que j’étais encore capable d’avancer. C’est à ce moment que Stéphanie Ezna[2]

une amie de la Faculté de Droit et des Sciences Economiques de l'Université d’État d'Haïti m’a suggéré de postuler. Elle n’a cessé de me rappeler qu’il fallait m’inscrire et au final je l’ai fait. J’ai été largement encouragé par mon « ami-frère » Eduardo Masséna[3]

membre de l’organisation qui a pris part à plusieurs de ces expériences, d’abord comme délégué de l’Union Européenne, de la Bolivie et comme responsable de bureau (Président). Après avoir postulé, j’ai passé mon entretien dans les locaux de Banj Médias où j’ai répondu à des questions sur tout ce qui touche au système des Nations Unies et d’autres sujets relatifs à la science politique et aux relations internationales. Par la suite, une délégation de trois (3) membres composée d’un ambassadeur, d’un conseiller politique et d’une secrétaire de séance a été créée pour suivre des ateliers et préparer les dossiers pour le grand jour. Cette étape a marqué le passage d’une ambition individuelle à une responsabilité collective.

       L’apprentissage du multilatéralisme : entre négociation et responsabilité

Au cours de cette belle aventure, nous avons assisté à des ateliers sur les sujets suivants : négociation internationale, géopolitique, paix et sécurité internationale, droit international, migration, protocole diplomatique et communication politique. Les exigences étaient à la mesure de l’ambition de l’organisation. Organiser une simulation digne d’une jeunesse haïtienne souvent identifiée à la trivialité. C’est dans cette perspective que le Coordonnateur Général Marcken Love Gloire Gens GUERRIER[4] dans son allocution a placé ses propos :

« Il est temps de reconnaître que les jeunes ne sont pas seulement l’avenir d’Haïti comme l’a si bien dit la Ministre, ils en sont le présent actif, la conscience éveillée, la force morale même de ce changement. À travers cette expérience, nous voulons voir émerger une génération de bâtisseurs de paix, de stratégie de vivre ensemble. »

J’ai eu le privilège de faire partie d’une équipe remarquable avec un conseiller politique à double rôle. Il s’agit de Monsieur Mathelier Esaïe. À l'époque étudiant en sciences politiques à l’Université Quisqueya. Ensemble, nous avons, sous recommandations de JEACHA, préparé nos fiches, effectué des recherches afin de mieux défendre nos intérêts comme « Représentants de la délégation de la République Française ». Dans le cadre de cette simulation, il a été décidé que chaque délégation devait présenter des « projets de résolution » portant sur les thématiques suivantes : paix et sécurité, droits humains et changement climatique. Cette préparation rigoureuse nous a permis de nous engager pleinement dans le travail diplomatique de la simulation. S’appuyant sur des recherches approfondies et des discussions stratégiques, notre délégation était prête à proposer des solutions concrètes sur ces enjeux cruciaux. C’est dans cet esprit que nous avons proposé « nos projets de résolution » , visant à contribuer au débat sur la paix, la sécurité, les droits humains et le changement climatique.

Projet de Résolution – France
Thème : Paix et sécurité internationale
La délégation de la République Française

RÉSOLUTION SUR LA PAIX ET LA SÉCURITÉ INTERNATIONALE

Propose les mesures suivantes :

  1. Encourage le renforcement de l’autorité et de la légitimité du système des Nations Unies, notamment à travers :
    1. une réforme structurelle du Conseil de sécurité des Nations Unies visant à élargir sa composition afin de mieux refléter les équilibres géopolitiques contemporains ;
    2. une limitation de l’usage du droit de veto dans les situations de crimes de masse, par l’instauration d’un cadre plus transparent et responsable ;
  2. Encourage le renforcement des capacités locales, en soutenant la mise en œuvre de modes de gouvernance démocratique adaptés aux réalités nationales, garants de l’État de droit, de la justice et du respect des droits humains ;
  3. Recommande la modernisation des outils d’intervention de la communauté internationale, à travers l’adoption d’une approche holistique et intégrée de la paix, incluant la diplomatie préventive, le développement durable, la médiation inclusive et surtout les acteurs locaux ;
  4. Invite les États à adopter et à renforcer des politiques internes de lutte contre les menaces contemporaines, afin d’assurer pleinement leurs prérogatives de puissance publique et de garantir la sécurité des populations ;
  5. Propose la mise en œuvre d’une stratégie globale de lutte contre le terrorisme, dans un cadre multilatéral renforcé, en cohérence avec les principes et idéaux des Nations Unies, afin de prévenir les risques sécuritaires et de promouvoir un environnement international plus stable et sécurisé

 

Projet de Résolution – France

Thème : Droits Humains

La délégation de la République Française

RÉSOLUTION SUR LES DROITS HUMAINS 

Propose les mesures suivantes :

  1. Encourage les États à définir un cadre normatif adapté, en renforçant les capacités locales, afin d’apporter une réponse globale, coordonnée et durable aux crises humanitaires, en particulier à la crise des réfugiés ;
  2. Recommande la mise en œuvre effective des mécanismes établis par les instances compétentes, en vue de garantir la promotion et la protection des droits humains ;
  3. Suggère la création de commissions d’enquête et de missions indépendantes d’établissement des faits, afin de répondre aux situations de violations graves du droit international humanitaire et du droit international des droits de l’Homme, d’en assurer la documentation et de lutter contre l’impunité ;
  4. Propose la mise en place de partenariats renforcés visant à assurer à la fois une aide humanitaire immédiate et des solutions à long terme, notamment à travers :
    1. une assistance d’urgence adaptée ;
    2. des programmes de subsistance ;
    3. des initiatives d’autonomisation des communautés, favorisant la résilience, la cohésion sociale et la stabilité durable ;
  5. Encourage l’établissement de cessez-le-feu dans les zones de conflit, afin de faciliter l’accès humanitaire et d’assurer une utilisation plus efficace et efficiente de l’aide apportée aux populations civiles

 

Projet de Résolution – France

Thème : Réchauffement climatique

La délégation de la République Française

RÉSOLUTION SUR LE RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE

Propose les mesures suivantes :

  1. Propose la création d’un Fonds mondial dédié aux pertes et dommages liés aux effets du changement climatique, afin de soutenir les États les plus vulnérables ;
  2. Suggère la mise en place de mécanismes de tarification du carbone aux frontières, notamment une taxe carbone internationale, visant à encourager une production durable et à lutter contre le dumping environnemental ;
  3. Encourage le soutien à la transition énergétique dans les pays en développement, notamment à travers :
    1. le transfert de technologies propres ;
    2. un financement adapté ;
    3. le renforcement de la coopération Nord-Sud, afin d’élargir l’accès aux énergies renouvelables ;
  4. Recommande le renforcement des mandats environnementaux des opérations de maintien de la paix des Nations Unies, en intégrant une dimension climatique dans les zones à forte vulnérabilité écologique ou affectées par des tensions liées aux ressources naturelles ;
  5. Invite les États à adopter des politiques visant à réduire significativement les pollutions lumineuse et sonore, dans une perspective de protection des écosystèmes, de la biodiversité et de la santé humaine

 

Projet de Résolution

Thème : La situation sécuritaire en Haïti

Auteur : Ricard MONTUMA

Le présent projet de résolution propose ce qui suit :

  1. Appelle à l’identification, à la poursuite et à la sanction, conformément aux normes du droit international et du droit haïtien, de tous les individus, entités et réseaux ayant contribué, directement ou indirectement, à la dégradation de la situation sécuritaire en Haïti, notamment par leur soutien, leur financement, leur complicité ou leur collusion avec des groupes armés et criminels ;
  2. Encourage le renforcement urgent des institutions régaliennes et des forces de sécurité constitutionnellement reconnues, en particulier la Police Nationale d’Haïti (PNH) et les Forces Armées d’Haïti (FADH), à travers un appui technique, logistique et stratégique des partenaires internationaux, dans le strict respect de la souveraineté nationale et sur la base d’un mandat clairement défini et limité dans le temps ; Suggère, à défaut, la mise en place d’une force internationale dûment mandatée afin de soutenir les efforts de stabilisation et de lutte contre les groupes armés ;
  3. Recommande la mise en œuvre d’une réforme en profondeur du système judiciaire haïtien visant à garantir son indépendance, à lutter efficacement contre la corruption et à assurer un accès équitable à la justice pour tous, condition essentielle à la restauration de l’État de droit ;
  4. Invite les autorités haïtiennes, en collaboration avec les acteurs de la société civile, à engager un processus inclusif de mémoire, de vérité et de justice transitionnelle, en vue de favoriser la réconciliation nationale, de consolider la paix et de jeter les bases d’un retour durable à l’ordre constitutionnel, notamment par l’organisation d’élections libres, crédibles et transparentes ;
  5. Invite également les autorités haïtiennes à élaborer et à mettre en œuvre un plan national de sécurisation des zones à haut risque, fondé sur une approche participative impliquant les communautés locales et coordonné avec les collectivités territoriales, afin de renforcer la légitimité et l’efficacité des actions de sécurité publique.

 

À l’issue de cette simulation diplomatique qui s’est tenue à l’hôtel Montana, j’ai été désigné deuxième meilleur délégué-débatteur, aux côtés de mes homologues de la « Fédération de Russie », monsieur Pierre Emmanuel CERISIER et de la « République Algérienne », madame Stéphanie MOÏSE. Ce fut un exercice exigeant de négociation et de représentation, qui témoigne de l’importance du dialogue multilatéral et de la coopération entre les nations. Je tiens à saluer la qualité des échanges et l’engagement de l’ensemble des délégués.

       De l’individuelle à l’horizon collectif

Je reste convaincu que l’avenir de la diplomatie se construit aussi dans ces arènes d’apprentissage. Après des semaines de préparation, de recherches et d’exercices de négociation, venait le moment décisif : prendre la parole dans l’enceinte symbolique du Conseil de sécurité, défendre une position nationale et incarner l’espace d’un instant la diplomatie française.

 

Discours des représentants de la République Française à la simulation du Conseil de Sécurité des Nations Unies.

 

Monsieur  le Président du Bureau ;

Madame la Secrétaire Générale ;

Madame la Secrétaire Adjointe;

Mesdames, Messieurs , membres des délégations ;

Distingués délégués ;


Est-il pensable que ce qui fut hier une organisation pleine d’espoir ne soit aujourd’hui perçue comme inanité ?


In limine litis, il convient de signaler que face aux enjeux contemporains,  chacun ici présent dans ce cercle vertueux, peut constater que l'incertitude est devenue la seule certitude, et qu'une sorte de sinistrose se répand dans un climat de grogne et de désenchantement. Nous, français, affirmons que condamner ne suffit plus, il nous faut une nouvelle approche de la situation c'est-à-dire : réconcilier les antagonistes, panser les blessures et mettre un terme aux sempiternels débats sans issue .

 

Monsieur le Président,

Au cours des vingt dernières années, le nombre de conflits et de morts dans le monde a  respectivement augmenté de 25 % et de 30 % . Des groupes armés non étatiques s’opposent au processus démocratique dans plusieurs régions. Les zones de conflit empêchent l’acheminement de l’aide humanitaire, et les femmes et les enfants en sont les premières victimes. C’est dans cette perspective que la France soutient activement la proclamation de l’année 2025 par les Nations Unies comme année de la paix et de la confiance internationale. Cette initiative vise à renforcer une culture mondiale de la paix, et à promouvoir la résolution des différends par le dialogue et la diplomatie. Les récentes avancées des pourparlers entre l’Ukraine et la Russie donnent en effet du lustre aux idéaux émancipateurs des Nations unies.

Quant à Haïti, parce que la mémoire est visible et que le lieu est discours, nous souhaitons échanger sous les auspices de grands esprits, dans un temps et une civilité qui nous est familière. Nous reconnaissons le caractère douloureux de cette injustice morale historique. À ce titre, nous saluons la mise en place , depuis le 17 avril, de la commission mixte franco-haïtienne, composée  et co-présidée par d’historiens des deux nations. Cette initiative marque une première étape vers une reconnaissance partagée de l’histoire. Nous sommes ouverts à un dialogue franc et constructif sur ce passé, dans une logique de vérité, de dignité et de respect, en espérant que les travaux de cette commission aboutiront à des gestes concrets porteurs de justice et de réparation.

            Nous renouvelons nos vives préoccupations quant à la situation sécuritaire, notamment la prolifération de groupes armés, qui freinent tout retour à un ordre démocratique. Sur la question haïtienne, nous ne pouvons pas à chaque instant mettre un euro dans la boîte, Il nous faut une approche plus globale, fondée sur le renforcement institutionnel et la consolidation durable de l’État Haïtien. Ainsi, au tribunal de l’histoire, les générations futures pourront donner quitus à l’Organisation des Nations Unies (ONU) pour avoir pris en considération les leçons du passé et les recommandations du peuple haïtien.

 

Monsieur le président,

Distingués délégués ,

Conformément aux principes de la Charte des Nations unies et du droit international, il est de notre devoir collectif d’agir. Car si nous ne parvenons pas à concrétiser cet idéal de vivre ensemble, c’est-à-dire la paix par la compréhension, les espoirs d’aujourd’hui seront anéantis par les dévastations de demain. En effet , la délégation française reste pleinement engagée dans les débats à venir, prête à proposer des solutions concrètes et à écouter les arguments constructifs de nos partenaires. À l’initiative de ces préoccupations, les résultats doivent être à la mesure de  notre ambition commune .

In petto, je pense que la force seule est une vanité. C’est pourquoi nous devons fixer des objectifs politiques clairs, et ne plus nous contenter de céder à l’engrenage de la violence.

Je vous remercie.

       Au-delà du discours : une expérience transformatrice

Au-delà des mots prononcés, cette intervention fut pour moi un exercice de responsabilité intellectuelle et politique. Elle m’a permis de mesurer la complexité des équilibres géopolitiques contemporains et l’importance du cadre juridique qui sous-tend chaque décision du Conseil. Cette expérience ne fut pas simplement une compétition ou une distinction personnelle ; elle fut un espace de transformation.

Cette année, le 17 mai 2026, cinquante trois (53) jeunes universitaires et professionnel(le)s haïtien(ne)s prendront part à la septième (7e) édition de la simulation du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies, organisée par Jeunes Acteurs pour le Changement, en partenariat avec l’Organisation des Nations unies pour l’Éducation, la Science et la Culture (UNESCO), l’Ambassade Britannique en Haïti et l’Académie Nationale Diplomatique et Consulaire (ANDC). Je salue avec fierté celles et ceux qui seront au cœur des débats cette année. J’encourage également les jeunes à s’engager dans les choses de l’esprit, à fréquenter les espaces de réflexion et de débat, là où il vous revient d’appliquer ce que vous avez appris, ce que vous avez lu, ce que vous êtes en train de devenir.

Ces espaces sont plus que des simulations : ce sont des laboratoires d’idées, des terrains d’engagement, des moments où l’espoir d’un lendemain meilleur se construit ensemble. Les paniers qu’on est sûr de rater sont ceux qu’on ne lance pas. Alors ne ratez pas ce tir. Lancez-le ! Lancez-vous ! Engagez-vous et défendez les idéaux auxquels vous croyez !

TA VOIX, TON RÔLE, LE MONDE !

 

Ricard MONTUMA



[1] Jeunes Acteurs Pour Le Changement (JEACHA), Charte, Préambule, 15 mai 2015, p. 2.

[2] Juriste ; fondatrice de l’OASEAM (Organisation d’aide sociale à l’enfance pour un avenir meilleur) ; formée à l’Institut des Hautes Études Commerciales et Économiques (IHECE) et à l’Université d’État d’Haïti ; poursuit actuellement des études en sciences juridiques à l’Université de Poitiers en France.

[3]Politologue et juriste, formé au Centre d’Études Diplomatiques et Internationales CEDI et à la Faculté de Droit et des Sciences Économiques de l’Université d’État d’Haïti FDSE-UEH ; auteur et analyste ; co-responsable de la plateforme HaïtiTchala ; travaux consacrés aux problématiques des droits humains et d’autres sujets d’intérêt public.

[4] Titulaire d’un Master II en Diplomatie et Coopération Internationale ; Fonctionnaire au Ministère des Affaires Étrangères et des Cultes de la République d’Haïti ; Coordonnateur général de la JEACHA ; intervient régulièrement dans des conférences sur les questions diplomatiques et sociales ; engagé dans des initiatives à caractère social et communautaire.    https://youtu.be/1TKczE60wH8?si=yAaCzlyF0C8jLb1F

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