Haïti 2021 : Dictature ou pas...
En Haïti, la lutte pour le pouvoir continue malgré la misère, l'absence de croissance et le manque de développement économique. Le gouvernement en place et l'opposition n'ont jusqu'à présent pas réussi à trouver un terrain d'entente. Au contraire, le président en fonction est accusé d’être un dictateur. Une marche contre la dictature a même eu lieu le dimanche 14 février 2021.
Cette situation me préoccupe en tant qu’étudiant. Je me pose la question : y a-t-il réellement une dictature en Haïti ? Plus précisément, Jovenel Moïse est-il un dictateur ? Je vous invite à vous poser, vous aussi, ce genre de questions.
Avant tout, selon le site La Toupie (consulté le 15 février 2021), une dictature est un régime politique arbitraire et coercitif, dans lequel les pouvoirs sont concentrés entre les mains d’un seul homme — le dictateur — ou d’un groupe d’hommes, comme une junte militaire. Le pouvoir n’est ni partagé ni contrôlé, les libertés individuelles ne sont pas garanties, et la dictature s’oppose radicalement à la démocratie. Elle se maintient par la force, en s’appuyant sur l’armée, une milice, un parti, ou encore un groupe religieux ou social.
À partir de cette définition, on peut constater que plusieurs pays ont connu la dictature au cours de leur histoire et Haïti n’en est pas exempt. On peut citer Kadhafi Mouammar en Libye, resté plus de quarante ans au pouvoir, Augusto Pinochet au Chili pendant plus de seize ans, ou encore Francisco Franco en Espagne, qui a dirigé pendant plus de trente-six ans. En Haïti, les Duvalier (François et Jean-Claude) ont exercé le pouvoir durant près de 29 ans.
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Maintenant, peut-on vraiment qualifier le président Jovenel Moïse de dictateur ou de vouloir instaurer une dictature en Haïti ?
D’abord, il faut rappeler qu’il a été élu : sa prise de pouvoir répond donc aux principes démocratiques. Il a été élu pour un mandat de cinq ans, qu’il a officiellement commencé le 7 février 2017. Certes, aujourd’hui le Parlement haïtien est dysfonctionnel. Certains disent qu’il est caduc, mais ce fait, selon moi, ne justifie pas que nous soyons en dictature. L’instabilité politique qui a marqué le début et le déroulement du mandat de Jovenel Moïse a empêché la tenue d’élections législatives.
Concernant la liberté d’expression, je crois qu’elle est toujours respectée en Haïti, tout comme le droit d’opinion. Ce sont des droits inaliénables, inhérents à la personne humaine, et nul n’a le droit de nous en priver. D’ailleurs, on remarque une multiplication des médias dans le pays, même si beaucoup ne respectent pas les normes professionnelles un sujet que nous pourrons aborder une autre fois.
Je pense également qu’il y a aujourd’hui une tendance à qualifier de prisonnier politique toute personne arrêtée, même lorsqu’elle est accusée d’actes graves. Par exemple, Arnel Bélizaire avait publiquement appelé à incendier une ambassade en Haïti un acte criminel en soi. Il faisait l’objet d’un mandat d’amener et a été trouvé en possession d’armes, de munitions et d’argent. Peut-on vraiment considérer cet homme comme un prisonnier politique ?
Autre exemple : Youri Chevry, ancien maire de Port-au-Prince, a été accusé de complicité avec les membres du groupe armé Fantom 509. Vous savez vous-mêmes les exactions qu’ils ont commises, notamment à Port-au-Prince. Il a pris la fuite et a été arrêté. Avant même qu’il ne soit entendu par un juge, on le qualifie de prisonnier politique. Est-ce juste ?
J’ai également du mal à comprendre comment on peut accuser un président de vouloir instaurer une dictature alors qu’il semble gagner la confiance du peuple. Autrefois, Jovenel Moïse avait du mal à réunir plus de 1 000 vues en direct sur Instagram ou Facebook. Une campagne avait même été lancée pour qu’on se désabonne de ses comptes. Aujourd’hui, il atteint plus de 15 000 vues par direct. Ce chiffre reste modeste, mais il montre une évolution significative. Cela démontre qu’il existe une forme de légitimité et de rapprochement avec la population, notamment à travers ses discours provocateurs dirigés contre ses opposants.
Je reconnais qu’il y a eu des brutalités policières durant certaines manifestations, des confrontations entre étudiants et policiers, et que le gouvernement est accusé d’être impliqué dans les massacres de Tokyo et de La Saline. J’admets que le pouvoir en place a commis des fautes graves. Mais cela ne signifie pas pour autant que nous vivons sous une dictature.
Enfin, on accuse le président d’être un dictateur parce qu’il souhaite terminer son mandat. C’est absurde. La Constitution prévoit un mandat de cinq ans, il ne peut donc pas logiquement accepter de partir après quatre ans au profit d’un gouvernement de transition. On l’accuse aussi de gouverner par décrets et de ne pas respecter la Constitution. Si c’est le cas, on peut parler de violation de l’État de droit, mais pas nécessairement de dictature.
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