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La présomption d’innocence en péril : entre justice populaire et dérives institutionnelles en Haïti

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  La présomption d’innocence en péril : entre justice populaire et dérives institutionnelles en Haïti En Haïti, la présomption d’innocence, principe fondamental du droit, est souvent reléguée au second plan, étouffée par une réalité sociale, où la peur, la frustration et le manque de confiance envers les institutions judiciaires dictent le rythme de la justice. Dans un pays où l’instabilité sécuritaire et la pression publique ne cessent de croître, ce principe sacré du droit est trop souvent balayé par les impératifs de communication des forces de l’ordre et par une opinion publique avide de coupables immédiats. Depuis plusieurs années, la police nationale d’Haïti multiplie les publications d’images de personnes arrêtées, dans un souci apparent de transparence et de reddition de comptes. Pourtant, dans bien des cas, les individus ainsi exposés n’ont pas encore été jugés, parfois même sans avoir été inculpés. Leurs visages circulent, leur nom est associé à des faits graves, et leur ...

Partir ou se taire : ma part de lâcheté

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  Partir ou se taire : ma part de lâcheté Je fais partie de cette génération qui a quitté le pays. Comme beaucoup de jeunes, j’ai choisi le départ plutôt que l’affrontement, la survie individuelle plutôt que le combat collectif. Et aujourd’hui, je dois le reconnaître : ce choix, aussi compréhensible, soit-il, porte en lui une part de lâcheté. Nous invoquons l’insécurité, l’absence d’avenir, l’effondrement de l’État. Tous ces arguments sont réels. Mais ils ne suffisent pas à nous absoudre totalement. Car pendant que nous partions, le pays était pillé, ses institutions vidées de leur sens, et sa jeunesse réduite à l’exil ou au silence. Et nous avons, par notre départ, laissé faire. Partir n’est pas un crime. Mais partir sans jamais regarder en face ce que l’on abandonne, sans jamais interroger notre responsabilité morale, en est un autre. En quittant le pays, nous avons aussi quitté l’arène. Nous avons cessé de déranger, de résister, de peser. Nous avons laissé le champ libre avec ce...

Haïti : quand la violence cesse d’être un choc pour devenir un système

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  Haïti : quand la violence cesse d’être un choc pour devenir un système En Haïti, la violence ne surprend plus. Elle ne provoque plus l’indignation collective qu’elle méritait autrefois. Elle s’est installée, progressivement, silencieusement, jusqu’à devenir un élément presque ordinaire du paysage national. Ce glissement est l’un des drames les plus profonds que traverse le pays : la violence n’est plus seulement subie, elle est intégrée. Chaque jour, enlèvements, affrontements armés, déplacements forcés et exécutions sommaires s’ajoutent à l’actualité comme de simples faits divers. Cette répétition a un effet corrosif : elle banalise l’inacceptable. Lorsque la peur devient routinière, la société entre dans une forme de résignation dangereuse, où survivre remplace l’idée même de vivre ensemble. Cette intégration de la violence est d’abord le symptôme d’un État en retrait. Là où l’autorité publique s’efface, d’autres forces s’imposent. Les groupes armés ne contrôlent pas seulement ...

« L’illusion de l’expertise en Haïti : quand visibilité et popularité remplacent la compétence »

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  « L’illusion de l’expertise en Haïti : quand visibilité et popularité remplacent la compétence » S’il est vrai que le citoyen doit s’impliquer dans les affaires de la cité, il convient d’appréhender le concept de « citoyen   » dans toute sa complexité. À mon sens, il n’est pas uniquement un consommateur : il est un producteur d’idées, un observateur attentif, un individu qui questionne, apprend et tente de comprendre. Il peut aussi être un dissident tout en proposant, c’est-à-dire qui assume une posture critique mais constructive. Surtout, le citoyen est celui qui développe un sentiment d’appartenance à sa communauté. L’histoire constitutionnelle haïtienne, à travers la «  compilation des deux siècles de constitutions haïtiennes 1801-2011 [1]  », illustre bien l’évolution de cette notion. La Constitution impériale de 1805,  en ses articles 9 et 11, associait au statut de citoyen l’obligation d’être un bon soldat, un bon père de famille et de maîtris...